L’Odyssée artistique de Barbara Christol à New-York

France 3 Occitanie. Octobre 2026. Reportage et article par Alexandre Joannidès

« Je suis à l’intersection d’Ariane et de Pénélope »: l’odyssée artistique de Barbara Christol à New York

Il y a des visages qui prennent naturellement la lumière, celui de Barbara Christol en fait partie. À son image, ses œuvres exercent un pouvoir d’attraction. De Nîmes dans le Gard, où elle travaille, l’artiste plasticienne tisse un lien hypnotique entre ses univers géométriques et son public.

Barbara Christol est une artiste peintre et plasticienne française. Elle suit une formation aux Beaux-Arts de Nîmes puis approfondit ses connaissances en histoire de l’art à l’Université de la Sorbonne à Paris, où elle soutient une thèse sur le labyrinthe transitionnel.

Les œuvres de Barbara Christol oscillent entre abstraction et figuration, avec une forte présence du trait. La notion de fil, centrale dans son travail, apparaît soit physiquement (par tissages, utilisation de laine), soit implicitement dans la ligne et la structure de ses compositions. La création est envisagée comme un parcours labyrinthique, fait d’essais, d’erreurs, de répétitions.

« Je propose un chemin qui n’est pas une ligne droite. » Barbara Christol

 

Le labyrinthe transitionnel, du lapin bleu à la pelote de laine

Pour l’artiste, la création n’est pas linéaire. Elle est appréhendée comme un labyrinthe. Dans son travail, la plasticienne avance tout en gardant un fil conducteur, le trait, la ligne. Le qualificatif transitionnel renvoie à l’objet transitionnel élaboré par le pédiatre et psychanalyste D.W. Winnicott. Il s’agit par exemple d’un doudou (chez Barbara Christol, il s’agit d’un lapin en peluche bleue) qui joue un rôle entre l’espace intérieur d’une jeune enfant et le monde extérieur : il aide à passer de la dépendance à une autonomie psychique.

 

Pour Barbara Christol, le labyrinthe créatif est un espace intermédiaire entre le monde intérieur de l’artiste et le monde visible de l’œuvre. Dans ses tableaux, les lignes et compositions oscillent entre formes reconnaissables et structures abstraites, reflétant la navigation permanente entre ces deux pôles.

« Quand on commence à créer, on ne voit plus le temps passer. C’est un monde qui est coupé du monde. » Barbara Christol

Sur le fil d’Ariane et de Pénélope

Dans l’Odyssée, pendant l’absence d’Ulysse, Pénélope tisse le jour et défait la nuit son ouvrage. Elle résiste aux prétendants et protège le trône d’Ithaque, elle élève leur fils Télémaque, elle incarne la patience, la fidélité et une forme d’intelligence discrète mais redoutable.

« Je suis à l’intersection d’Ariane et de Pénélope. » Barbara Christol

Dans le mythe du Minotaure, Ariane est la fille du roi Minos roi de Crète. Le Minotaure est une créature mi-homme, mi-taureau. Chaque année, Athènes donne en sacrifice des jeunes gens au Minotaure. Thésée est volontaire pour tuer la créature. Ariane tombe amoureuse de Thésée et décide de l’aider. Elle donne à Thésée une épée et surtout une pelote de fil pour sortir du labyrinthe. Elle est celle qui rend possible le passage à travers l’épreuve.

Le travail de Barbara Christol se déploie dans un espace de tension entre le fil d’Ariane, qui relie et oriente, et le geste de Pénélope, qui tisse, détisse et transforme. C’est dans cet entre-deux, ce labyrinthe transitionnel, que l’œuvre émerge, portée par un dialogue entre lien, mémoire et transformation.

 

La couleur de mes rêves ou la géométrie de l’intime

Le titre de la série Le Bleu est la couleur de mes rêves est un emprunt à Miro. Mais le tout premier choc artistique de Barbara Christol est la rencontre avec l’œuvre de Matisse. La peintre revendique d’autre part, des influences artistiques proches de Wassily Kandinsky et Paul Klee qui ont marqué sa perception de la géométrie et de l’abstraction.

« J’ai découvert que d’autres façons de véhiculer l’émotion existaient, notamment avec des formes extrêmement simples et géométriques. » Barbara Christol

La série Le Bleu est la couleur de mes rêves représente une synthèse de l’ensemble du travail de l’artiste : il y a du dessin, de la géométrie et la couleur bleue qui est, dit-elle, « comme une effraction de l’intime ».

L’artiste utilise la géométrie pour créer des entre-deux, entre abstraction et figuration. Pour elle, la géométrie est un moyen de proposer des paysages, de créer des effets d’optique. C’est une invitation à traverser, à voir au-delà.

 

Outre-Atlantique, une artiste dans la lumière

Barbara Christol voyage seule depuis la fin de ses études, elle travaille depuis la même époque le textile et en peinture un genre plutôt masculin, la géométrie. Son travail est en accord avec certaines approches féministes contemporaines. Pour la plasticienne, le textile n’est pas décoratif, il est un lien propice aux échanges et aux partages.

« La laine, ça tisse des liens au sens propre et au sens figuré. » Barbara Christol

La grande couverture de laine bleue de Barbara Christol traverse l’Atlantique lors de l’exposition Code Girl à la Pictorial Foundation à Newburgh, dans l’État de New York (30 mai – 26 juillet 2026). À cette occasion, l’artiste lui donne le nom de Blue Presence. Code girl est une extension du programme Women in Public Space. Le thème central est la visibilité des femmes artistes dans l’espace public notamment dans l’art contemporain. Blue Presence est réactivée à plusieurs reprises dans l’espace urbain New-Yorkais.

La peintre est suivie par deux galeries New-Yorkaises. Pour Barbara Christol, exposer à New York est une opportunité extraordinaire pour faire des rencontres et vendre ses œuvres.

« Actuellement je travaille avec deux galeries à New York, Amsterdam Whitney Gallery à Chelsea et Artifact Projects Gallery du côté de East Village, elles sont très complémentaires. » Barbara Christol

Dans la galerie New-Yorkaise Amsterdam Whitney, Barbara Christol expose entre mars et mai 2025, pour la première fois, une dizaine d’œuvres de sa série Le Bleu est la couleur de mes rêves. En janvier 2026, avec la galerie Artifact Projects, elle participe au Los Angeles Art Show, puis en avril à Artexpo New York. En juillet de la même année, elle est aussi présente à la Hamptons Fine Art Fair à Southampton. En 2027, l’artiste prépare une exposition personnelle, toujours avec la galerie Artifact Projects Beetween the lines à nouveau à New York.