Barbara Christol

Démarche artistique

Barbara Christol est une artiste plasticienne française multidisciplinaire, diplômée en Arts de la Sorbonne, qui vit et travaille à Nîmes. Son œuvre, peinture, dessin, tissage et photographie explore les thèmes de l’espace, du temps et du jeu. Elle poursuit une quête d’harmonie et d’équilibre, où la géométrie occupe une place essentielle et devient un langage interrogeant les tensions entre structure et intuition, entre visible et invisible.

 

Sa démarche s’articule autour du travail du trait, envisagé à la fois dans sa dimension graphique et dans sa matérialité. Le trait peut être suggéré, prolongé ou incarné physiquement par le fil, établissant un dialogue entre ses œuvres peintes, tissées et dessinées. Il apparaît ainsi comme une ligne de force et de pensée, dépassant la fonction graphique pour devenir une manière de mesurer l’espace et de donner forme au jeu : de composition et de perception.

 

Le dessin irrigue l’ensemble de sa pratique. Dans la peinture comme dans le tissage, le fil prolonge le geste et ouvre la voie à des ambiguïtés visuelles et poétiques. Omniprésente, la géométrie confère à ses créations une dimension presque architecturée, propice aux doubles lectures et aux glissements de sens. Attachée à l’artisanat, elle privilégie des techniques classiques (fusains, craies, mines de plomb, compas qu’elle collectionne) qu’elle associe à des outils contemporains. Les matériaux et objets qu’elle conserve sont réactivés dans une logique de mémoire et de transformation, inscrivant son travail dans une écologie affective.

 

Sa pratique nomade l’amène à concevoir des installations éphémères, notamment des tissages réalisés à partir de laine bleu ciel, matériau fétiche depuis plus de vingt ans. Ces interventions dans la nature ou dans des lieux institutionnels prolongent le geste du dessin dans l’espace, créant des architectures sensibles où la contrainte du lieu dialogue avec l’intuition. Ses premières recherches, entre photographie et mise en scène tridimensionnelle d’objets récurrents, annonçaient déjà cette logique de déplacement et de rhizome qui nourrit son œuvre. Aujourd’hui, la performance et les collaborations avec un musicien et une chorégraphe enrichissent cette démarche, inscrivant le travail dans un dialogue entre disciplines où la musique, discrète mais essentielle, traverse les compositions comme une structure rythmique.

Paysages Intérieurs -tissage Barbara Christol
Blue Velvet painting 2025 Barbara Christol -light
I wish you were here

Texte critique

Dans un coin de l’atelier, un monticule de pelotes de laine achetées du temps où l’artiste étudiait à Paris, dans un magasin qui cédait son stock, non loin de la Sorbonne. C’était avant la résidence au Chili, avant la collaboration avec la chorégraphe Kirsten Debrock, avant le retour à Nîmes, la ville natale finalement élue territoire de l’atelier. De la laine douce, bleue comme l’enfance. Azur intime, patrie affective – ou plutôt matrie, celle dont parlait Chateaubriand pour décrire ses racines bretonnes. Dans les tableaux, le ciel ne devint bleu qu’au Moyen-Âge, nous a appris l’historien Michel Pastoureau, avec le développement du culte marial. A l’époque, le bleu était considéré comme une couleur chaude, qui élève (symbole royal) et console, par sa lumière. Dans la pratique de Barbara Christol, ce bleu (légèrement délavé, comme par le temps) va venir redessiner les lieux au gré d’une opération de tissage et de détissage ; adoucissant les arêtes d’une table, d’un escalier ; personnalisant les espaces standardisés — comme lors d’une résidence au long cours dans un collège, les élèves ayant été invités à se réapproprier un environnement qui leur est imposé de fait, et que beaucoup ont fini par détester. Pendant le confinement, l’artiste visionne des tutos sur internet à la recherche de nouvelles techniques : elle s’offre alors une maille épaisse, charnue, qui ne cherche pas à tout prix le motif. Suffisamment lâche pour enlacer sans ensevelir. Une couverture – toujours fabriquée avec la même réserve de laine – qui se blottit dans les architectures et dans laquelle le corps se love, qui répare et qui soigne – dans la lignée de Beuys – avant de finalement reprendre sa place dans l’atelier, remplissant le vide, ou plutôt l’absence.

 

I Wish You Were Here

Le bleu surgit aujourd’hui dans les peintures géométriques. Effraction de l’affect dans un univers de noirs mats ou de bruns sableux tirés au cordeau, créant une légère dissonance. Une évolution de la palette qu’accompagne une certaine libération du geste, qui ose des boucles plus organiques, tracées à main levée quand le compas – l’artiste les collectionne – ordonnait jusqu’ici la composition. Les papiers millimétrés (dont les feuilles, là encore, sont conservées bien souvent depuis l’école selon une écologie affective) accueillent un autre registre de sensible, une fragilité nouvelle, porteuse d’une grande vitalité. Dunes, pyramides, jeux arithmétiques, ébauche de villes ou de cosmos s’actionnent, ravivant la mémoire de la couche picturale. Une mémoire vive qui n’est pas de l’archive. Un geste qui s’amplifie en même temps que croît le format du tableau, lui-même contingent de l’espace disponible à l’atelier : un moyen pour Barbara Christol d’apprivoiser le châssis, elle qui dit « aimer le dessin en peinture (celle-ci l’impressionne toujours un peu) et inversement ».

 

Aujourd’hui associée au compositeur et musicien Fabien Tolosa, et en partenariat avec France Alzheimer, elle cherche un langage commun pour dire la maladie – celle de sa mère –, la perte d’identité et la possibilité d’autres présences au monde. Pensée comme nomade, la future installation MEM.MORI réunit des objets et des sons récupérés comme autant de récits autobiographiques sans début ni fin, de souvenirs anonymes, rapiécés ensemble. On sait aujourd’hui, grâce aux neurosciences, que la mémoire n’a pas de siège au sein du cerveau, que le processus d’encodage implique les connexions neuronales – ce réseau tentaculaire – et les échanges chimiques. MEM.MORI fonctionne ainsi, pour et par la mise en circulation, petite usine à fabriquer de l’interaction, point de départ d’un travail de médiation qui s’exportera ensuite dans les hôpitaux, les EPHAD. Une façon de « répondre à ce qui arrive », pour reprendre les mots de Vinciane Despret à propos du programme des « Nouveaux commanditaires ». Une réponse qui pourrait déborder la question. Une fabulation.

 

Céline Piettre (journaliste, La Gazette Drouot)

À Propos

Représentation

Artsper
Singulart

Formations

* Université Panthéon-Sorbonne (Master 1 et 2 Mentions TB – Doctorat Arts 2005-2009), Paris
* Bourses de Recherches d’Etat 2002-2004
* Ateliers de peintres nîmois (Pascal Thouvenin, Jean-Pierre Hébrard)
* Cours des Beaux-Arts de Nîmes (Gérard Moschini)

Biographie

Barbara Christol

Barbara Christol grandit dans les univers artistiques et se passionne dès son plus jeune âge pour la danse, le piano et les arts plastiques. Jeune adulte, elle met de côté gammes et chaussons pour se consacrer à sa dévorante passion : le dessin.

C’est ainsi qu’elle suit une formation aux Beaux-Arts de Nîmes et fréquente par la suite plusieurs ateliers de peintres de sa ville afin de perfectionner ses techniques. Désireuse de mener ses propres recherches plastiques et esthétiques, elle intègre ensuite l’université de La Sorbonne à Paris et rédige une thèse de doctorat sur le “Labyrinthe transitionnel”.

Longtemps définie comme “plasticienne nomade”, ayant vécu plusieurs années entre Paris et Santiago du Chili, Barbara Christol est désormais installée à Nîmes. Elle participe régulièrement à des résidences artistiques et des expositions nationales et internationales (Salon des Beaux Arts à Paris, Symposium de Sculpture au Chili, art fairs au Luxembourg et à la Saatchi Gallery de Londres,  galeries à Madrid et à New-York…). Elle mène par ailleurs des projets en collaboration avec des créateurs issus d’autres domaines artistiques, notamment en danse et en musique.



Portrait de l'artiste peintre Barbara Christol © 2023
À Propos

Représentation

Artsper
Singulart

Formations

* Université Panthéon-Sorbonne (Master 1 et 2 Mentions TB – Doctorat Arts 2005-2009), Paris
* Bourses de Recherches d’Etat 2002-2004
* Ateliers de peintres nîmois (Pascal Thouvenin, Jean-Pierre Hébrard)
* Cours des Beaux-Arts de Nîmes (Gérard Moschini)